La mort et les civilisations

Comment l’humanité a pensé la mort et le devenir de l’être.

Pourquoi toutes les civilisations ont-elles cherché à comprendre la mort 

Du dernier souffle au passage vers un autre état de l’être

Il existe une expérience que toutes les sociétés humaines ont connue, quelle que soit leur époque, leur culture ou leur religion : la mort.

Nous pouvons apprendre à la repousser, à la médicaliser, à mieux comprendre les mécanismes biologiques qui l’accompagnent. Mais nous ne pouvons pas l’éviter.

Et dès que l’être humain a pris conscience de sa propre mortalité, une question semble être apparue avec elle : Que se passe-t-il lorsque nous mourons ?

Que devient l’être humain lorsque son corps cesse de vivre ?

Le corps s’arrête. Mais est-ce que tout s’arrête ? Cette question est probablement aussi ancienne que l’humanité elle-même.

Les premières sépultures connues montrent déjà que les morts n’étaient pas simplement abandonnés. Des corps ont été déposés avec des objets, parfois avec des pigments, des bijoux, des outils ou des offrandes.

Pourquoi ? Peut-être pour honorer le défunt, peut-être pour accompagner les vivants dans leur séparation.

Mais peut-être aussi parce que l’on imaginait que quelque chose continuait après la mort.

Au fil des millénaires, chaque civilisation a développé ses propres réponses.

Certaines ont parlé d’âme. D’autres de souffle. D’autres encore de conscience, de renaissance, de monde des morts ou de résurrection. Certaines ont imaginé plusieurs composantes de l’être humain.

C’est précisément cette diversité qui nous intéresse.

Car derrière des mots très différents, l’être humain est-il seulement son corps physique ?

Le corps et ce qui pourrait lui survivre

Pour comprendre les conceptions anciennes de la mort, il faut d’abord faire deux distinctions simples. Il y a le corps physique que nous pouvons voir et toucher et les différents noms que les différentes cultures ont imaginé comme pouvant lui survivre.

Âme, Esprit, Souffle, Conscience, Double, Force vitale, Corps subtil, Tous ces mots ne sont pas interchangeables car ils appartiennent à des systèmes de pensée différents.

Il serait donc incorrect de dire que toutes les civilisations croyaient à la même chose sous des noms différents.

En revanche, on peut constater qu’un grand nombre de traditions ont cherché à expliquer la différence entre un corps vivant et un corps mort.

Le corps du défunt est toujours là. Il ressemble encore à la personne et pourtant quelque chose semble avoir changé de manière radicale. La personne n’est plus là de la même manière.

Cette expérience très concrète a probablement contribué, dans de nombreuses cultures, à l’idée qu’une dimension de l’être pouvait être distincte du corps physique.

L’Égypte ancienne : mourir ne signifie pas disparaître

L’Égypte ancienne offre l’un des exemples les plus développés de cette conception.

Pour les anciens Égyptiens, l’être humain n’est pas constitué d’une seule réalité. Plusieurs composantes participaient à son existence.

Parmi elles figurent notamment le ka, le ba, l’ombre, le nom, le cœur et le corps.

Le ka est souvent présenté comme une force vitale associée à la personne.

Le ba, représenté notamment sous la forme d’un oiseau à tête humaine, correspond à une autre dimension de l’individu, capable de se déplacer entre le monde des vivants et celui des morts.

Après le décès, le but est de permettre au défunt de poursuivre son existence dans l’au-delà.

C’est ce qui explique l’importance extraordinaire accordée à la momification : le corps doit être préservé.

Des aliments, des objets et des représentations accompagnent le défunt.

Des textes et des formules sont destinés à l’aider dans son parcours.

Dans certaines conceptions égyptiennes, le ba peut quitter la tombe mais doit pouvoir retrouver le corps.

La réunion et la transformation de différentes composantes de l’être permet au défunt de devenir un akh : une forme transformée et efficace dans l’au-delà.

Important : Il faut cependant éviter une comparaison trop rapide avec nos notions modernes.

Le ka n’est pas simplement « l’aura ».

Le ba n’est pas simplement « l’âme ».

L’akh n’est pas exactement un « corps subtil ».

Ce sont des notions appartenant à une conception égyptienne particulière de la personne.

Mais leur existence montre déjà quelque chose de très important :

Pour les anciens Égyptiens, le corps physique n’épuisait pas la totalité de l’être humain.

La Grèce antique : le dernier souffle

Chez les anciens Grecs, la conception est différente.

Le mot psychè désigne notamment ce qui quitte le corps au moment de la mort.

La mort peut ainsi être pensée comme une séparation. Le corps reste sur terre et la psychè poursuit son chemin.

Les funérailles ont une grande importance.

Le corps est lavé, préparé et exposé avant d’être conduit vers le lieu d’inhumation ou de crémation.

La procession funéraire accompagne le défunt jusqu’à sa dernière demeure.

Les Grecs accordent également une grande importance aux rites permettant au mort de rejoindre correctement le monde des défunts.

La mort est donc aussi une affaire de relation.

Le vivant doit accomplir les gestes nécessaires pour celui qui était parti. Le défunt continue à exister dans la mémoire des vivants.

Les tombes, les stèles et les offrandes maintiennent une forme de relation entre les deux mondes.

L’Inde : plusieurs niveaux de l’être et le cycle des renaissances

Les traditions indiennes proposent une conception beaucoup plus élaborée des différents niveaux de l’être.

Certaines écoles parlent de l’ātman. L’être humain possède plusieurs enveloppes, ou koshas. Le corps physique n’est alors que l’un des niveaux de l’existence.

Certaines traditions parlent également de corps subtil, associé notamment à la vitalité, au mental et à différents aspects de la conscience.

La mort devient alors une transition.

Le corps physique disparaît, mais la continuité de l’existence se poursuit selon les conceptions liées au karma et à la renaissance.

Il est important de comprendre que la « renaissance » ne signifie pas nécessairement qu’une personnalité identique se réincarne telle quelle. Il s’agit d’une continuité conditionnée par les actes, les intentions et le karma.

Dans certaines conceptions hindoues, l’ātman, principe profond de l’être, est associé à une réalité qui dépasse le corps et les changements de l’existence.

La mort n’est donc pas considérée comme la fin absolue. Elle marque une transformation dans le parcours de l’être.

Le bouddhisme : une continuité sans âme permanente

Le bouddhisme apporte ici une différence fondamentale. Il ne repose pas sur l’idée d’une âme individuelle éternelle et immuable.

Le concept d‘anattā, ou « non-soi », signifie notamment qu’il n’existe pas de soi permanent qui resterait identique à travers tous les changements.

Mais cela ne signifie pas pour autant que la mort est conçue comme une simple disparition.

Dans de nombreuses traditions bouddhistes, il existe une continuité du processus de conscience et du karma.

Le bouddhisme tibétain développe particulièrement cette conception à travers la notion de bardo, un état ou une succession d’états intermédiaires associés notamment au processus de la mort et à la renaissance.

Le Bardo Thödol, connu en Occident sous le nom de « Livre des morts tibétain », contient des enseignements destinés à accompagner le mourant et le défunt dans ce processus.

Des lumières, des visions et différentes expériences y sont décrites.

Mais leur compréhension est particulière : elles peuvent être considérées comme des manifestations de l’esprit plutôt que comme des objets extérieurs au sens où nous l’entendons habituellement.

Le Bardo Thödol ne fournit pas une preuve scientifique de l’existence d’un « monde après la mort ». Il propose un cadre spirituel et philosophique permettant de penser l’expérience de la conscience au moment de la mort et dans les états qui lui succéderaient.

Judaïsme : respecter le corps et accompagner la séparation

Dans le judaïsme, les conceptions de l’après-mort ont évolué au cours des siècles.

Les textes et les courants de pensée ne donnent pas tous la même place à la vie après la mort.

On retrouve notamment différentes conceptions du Sheol, du monde à venir et, plus tard, de la résurrection.

Mais une chose demeure particulièrement importante : le respect du corps du défunt.

Le corps est lavé et préparé avec soin.

Il est traditionnellement enveloppé dans un linceul et enterré où la mise en terre intervient généralement rapidement.

La période de deuil est ensuite très structurée, avec des temps et des rites destinés à accompagner la famille.

Le judaïsme ne propose donc pas un modèle universel de « corps subtil ».

La notion d’âme existe dans différentes traditions juives, mais son interprétation varie selon les courants et les époques.

Le christianisme : l’âme, le corps et la résurrection

Le christianisme introduit une autre conception fondamentale. La mort est comprise comme une séparation entre le corps et l’âme, mais cette séparation n’est pas considérée comme définitive.

La foi chrétienne repose sur la résurrection.

Autrement dit, le corps n’est pas considéré comme une simple enveloppe que l’on peut abandonner définitivement. Le corps appartient pleinement à la personne.

Dans la doctrine chrétienne, l’âme subsiste après la mort et attend la résurrection, lorsque l’être humain sera appelé à une vie transformée.

L’être humain est considéré comme une personne à part entière, dans laquelle le corps et l’âme ne sont pas deux éléments indépendants.

Il existe ici une distinction essentielle avec les conceptions de la réincarnation : dans le christianisme traditionnel, l’être humain ne revient pas vivre une succession de vies terrestres dans différents corps. Il est appelé à une résurrection, c’est-à-dire à une vie transformée, dans laquelle la personne est restaurée dans son intégralité.

Ainsi, dans la perspective chrétienne, la mort n’est pas considérée comme l’aboutissement de l’existence, mais comme un passage vers une autre forme de vie, dont la résurrection constitue l’espérance centrale.

Résurrection et réincarnation : deux visions très différentes

À première vue, résurrection et réincarnation pourraient sembler proches. Dans les deux cas, la mort n’est pas une fin définitive. Pourtant, ces deux conceptions reposent sur des visions profondément différentes de l’être humain et de son destin.

Dans le christianisme, chaque être humain ne vit qu’une seule existence terrestre.

À la mort, le corps se sépare de l’âme. Dans la doctrine chrétienne, la mort n’est pas considérée comme la disparition définitive de la personne. L’âme subsiste après la mort, tandis que la foi chrétienne attend la résurrection des morts et la vie du monde à venir.

À la fin des temps, selon la foi chrétienne, aura lieu la résurrection. Il ne s’agit pas d’un retour dans un nouveau corps humain ni d’une nouvelle naissance sur Terre.

La résurrection signifie que Dieu redonnera la vie à la personne tout entière, corps et âme réunis, dans une condition entièrement transformée. Le corps ressuscité ne sera plus soumis à la maladie, au vieillissement ou à la mort. Il s’agit donc de l’accomplissement définitif de la personne, et non d’un recommencement.

La résurrection est rendue possible, pour les chrétiens, par celle du Christ, considéré comme le premier ressuscité.

La réincarnation, présente notamment dans l’hindouisme, le bouddhisme (avec des nuances importantes), le jaïnisme ou certaines approches ésotériques contemporaines, repose sur une autre logique :

Après la mort, la conscience, l’âme ou le courant de conscience renaîtrait dans une nouvelle existence. Cette succession de vies permet une évolution spirituelle progressive, jusqu’à atteindre une forme de libération (moksha, nirvana, selon les traditions).

Chaque vie est une étape supplémentaire d’un long parcours.

La réincarnation mise sur la répétition des vies pour transformer l’âme ; le christianisme mise sur la puissance de l’amour de Dieu pour transformer la personne au cours d’une seule vie.

Ainsi :

Dans les traditions qui enseignent la renaissance, les existences successives sont généralement inscrites dans une dynamique de causalité, de karma et, selon les traditions, de progression ou de libération.

Dans le christianisme, cette transformation se réalise au cours d’une seule existence, grâce à la relation avec Dieu, et s’achève dans la résurrection ; Ce n’est pas la durée de la vie qui sauve l’être humain, mais la qualité de sa relation avec Dieu.

Résurrection

                                                                Renaissance / Réincarnation

Une seule vie terrestre

 Une succession d’existences selon les traditions

La personne est appelée à une vie transformée

 La continuité peut être pensée comme âme, principe de vie ou processus de conscience selon les traditions

La mort est un passage vers l’accomplissement final

 La mort constitue une étape avant une nouvelle naissance

Pas de retour dans une nouvelle vie terrestre

 Nouvelle existence dans le cycle des renaissances

Résurrection finale

Libération du cycle dans les traditions qui visent cette libération

Dans les deux conceptions, la mort n’est pas considérée comme une fin définitive. Mais ce qui est appelé à continuer et la manière dont cette continuité est comprise sont profondément différents.

Autrement dit, le christianisme regarde l’histoire humaine comme une trajectoire unique conduisant vers son accomplissement final, tandis que les traditions réincarnationnistes envisagent un chemin composé de multiples existences.

Aujourd’hui encore, certaines personnes cherchent à rapprocher ces deux visions. D’autres estiment qu’elles sont incompatibles, car elles répondent différemment aux questions fondamentales de l’identité, de la justice, de la liberté et du sens de la vie.

Aucune preuve scientifique ne permet actuellement de confirmer l’une ou l’autre de ces conceptions. Elles relèvent avant tout de la foi, de la philosophie ou des convictions spirituelles, même si certaines recherches, notamment sur les souvenirs spontanés de vies antérieures chez l’enfant, continuent d’alimenter les débats.

L’islam : l’âme et le Barzakh

Dans l’islam, la mort n’est pas considérée comme une disparition définitive de la personne.

Elle marque un passage entre la vie terrestre et une autre étape de l’existence, dans l’attente de la résurrection.

La tradition islamique distingue notamment le corps, qui appartient au monde terrestre, et l’âme, désignée selon les contextes par les termes arabes nafs et .

Les traductions françaises parlent souvent simplement de « l’âme », mais ces notions ne recouvrent pas exactement toutes les significations que nous donnons aujourd’hui à ce mot.

Après la mort commence ce que le Coran appelle le Barzakh, terme qui signifie littéralement une séparation, une barrière ou un intervalle. Il désigne l’état intermédiaire qui sépare la mort de la résurrection.

Le Barzakh n’est donc pas présenté comme une nouvelle vie terrestre. C’est un état d’attente, situé entre la mort et le Jour de la Résurrection. Dans la tradition islamique, le défunt y demeure jusqu’au moment où Dieu ressuscitera les morts.

Cette conception est importante pour comprendre la différence avec la réincarnation : l’être humain ne revient pas successivement dans différents corps pour vivre plusieurs existences terrestres. Il existe une seule vie terrestre, suivie de la mort, puis de la résurrection et du jugement.

La mort elle-même est entourée de rites précis.

Le corps du défunt est lavé selon les prescriptions religieuses, enveloppé dans un linceul (kafan), puis confié à la terre. La prière funéraire (salat al-janazah) accompagne le défunt et demande notamment à Dieu de lui accorder Sa miséricorde et Son pardon.

La tradition islamique ne décrit pas, comme certaines traditions orientales, une succession de corps énergétiques ou de « corps subtils ».

Elle développe plutôt une autre manière de penser la continuité de l’être : l’âme poursuit son existence dans un état intermédiaire, tandis que le corps retourne à la terre, avant la résurrection.

Qu’est-ce qui demeure lorsque le corps physique cesse de vivre ?

Pour l’islam, ce qui demeure ne se réduit pas à une simple énergie ou à une conscience abstraite. L’existence de la personne s’inscrit dans une relation avec Dieu et dans l’attente d’une résurrection et d’une vie future.

Cette conception apporte donc une autre réponse à notre question centrale : après la mort, il ne s’agirait ni d’une disparition totale, ni d’une réincarnation, mais d’un passage vers un état intermédiaire, le Barzakh, avant la résurrection.

L’âme poursuit ensuite son existence dans le monde invisible jusqu’à la résurrection et au jugement.

Ici encore, il n’est pas question d’une « aura » au sens moderne. Il est question de l’âme et de son devenir.

Des rites différents… mais une même nécessité d’accompagner

Lorsque l’on compare ces civilisations, les différences sont considérables.

Les Égyptiens momifiaient les corps.

Les Grecs pouvaient pratiquer l’inhumation ou la crémation.

Dans de nombreuses traditions hindoues, la crémation occupe une place importante.

Dans le bouddhisme tibétain, des prières et des récitations accompagnent le processus de la mort.

Dans le judaïsme, le corps est traditionnellement enterré rapidement après avoir été préparé selon les rites.

Dans le christianisme, les funérailles peuvent être célébrées avant l’inhumation ou la crémation.

Dans l’islam, le corps est lavé, enveloppé dans un linceul et enterré.

Mais dans toutes ces traditions : on n’abandonne jamais le défunt : on l’accompagne, on prépare son corps, on prononce des paroles, on prie, on veille, on se rassemble et on accomplit des gestes précis.

Pourquoi ?

Parce que les rites funéraires ne concernent pas seulement le défunt, ils permettent également aux vivants de comprendre ce qui vient de se produire.

Le rite donne une forme à l’inacceptable. Il transforme un événement biologique en événement humain.

Le devenir du corps physique

Que devient le corps :  Sur ce point, la science et les traditions peuvent être distinguées clairement.

Sur le plan biologique, après la mort, le corps cesse de fonctionner et entre progressivement dans les processus naturels de dégradation.

Les traditions religieuses ont donné à cette transformation une signification particulière.

Pour certaines, le corps retourne à la terre, pour d’autres il est incinéré, pour d’autres encore, il doit être préservé.

Mais toutes ces pratiques expriment une relation particulière entre le corps et la personne.

Le corps n’est jamais seulement une matière quelconque. Il est le corps de quelqu’un.

C’est pourquoi son devenir possède une telle importance symbolique.

Et que devient ce qui n’est pas considéré comme physique ?

Pour les anciens Égyptiens, certaines composantes de la personne poursuivent leur parcours dans l’au-delà.

Dans certaines traditions hindoues, la continuité de l’existence est liée au karma et à la renaissance.

Dans le bouddhisme, il n’y a pas d’âme permanente, mais une continuité conditionnée des processus de conscience et du karma.

Dans le christianisme, l’âme subsiste et attend la résurrection.

Dans l’islam, l’âme poursuit son parcours dans le Barzakh.

Dans le judaïsme, les conceptions sont multiples et ont évolué au cours du temps.

Ces modèles ne sont pas équivalents :

Il serait donc abusif de les réunir sous l’expression « corps subtil », mais il en résulte que beaucoup de cultures ont imaginé qu’il existe quelque chose dans l’être humain qui ne se réduit pas à la matière du corps.

C’est peut-être l’une des interrogations les plus anciennes de l’humanité.

Toutes ces traditions parlent-elles finalement des mêmes corps subtils :

La réponse est non.

Les notions de ka, ba, psychè, ātman, âme, esprit, conscience, bardo ou corps subtil appartiennent à des systèmes philosophiques et religieux différents.

Les rapprocher peut être intéressant. Les confondre serait une erreur.

Le concept moderne de « corps subtils » est surtout développé dans certaines traditions ésotériques, yogiques et contemporaines.

Il propose parfois plusieurs niveaux de l’être : corps énergétique, émotionnel, mental, spirituel, etc.

Mais cette classification ne peut pas être simplement projetée sur toutes les civilisations anciennes. De nombreuses cultures ont distingué le corps physique d’une ou plusieurs dimensions invisibles de l’être.

Existe-t-il un moment universel du « passage » ?

Toutes les traditions ne définissent pas le passage de la même façon.

Pour la médecine moderne, la mort est déterminée à partir de critères biologiques et médicaux.

Pour les religions, le moment de la mort peut avoir une dimension beaucoup plus large.

Il peut être associé au dernier souffle. À la séparation de l’âme et du corps. À une période intermédiaire. À un processus de transformation.

Dans certaines traditions, la mort n’est donc pas conçue uniquement comme un instant, mais comme un processus de séparation ou de transformation.

Une conception universelle du « passage » :

Alors, existe-t-il une conception universelle de la mort ?

Non.

Les réponses religieuses, philosophiques et culturelles sont trop différentes pour que l’on puisse parler d’une conception unique.

Mais il existe peut-être une question universelle : Que devient l’être humain lorsque son corps cesse de vivre ?

Les réponses diffèrent :

Certains parlent d’une âme.

D’autres d’une renaissance.

D’autres d’une résurrection.

D’autres encore d’une continuité de la conscience.

Et certaines philosophies considèrent que ce que nous appelons « moi » n’est pas une réalité permanente.

Mais presque partout, la mort provoque le besoin de comprendre, d’accompagner et de donner du sens.

Ce que les civilisations peuvent nous apprendre aujourd’hui

Regarder les anciennes civilisations ne signifie pas que nous devons adopter leurs croyances.

Cela nous permet plutôt de constater que certaines questions sont beaucoup plus anciennes que nos sociétés modernes.

Lorsque nous parlons aujourd’hui de conscience, d’énergie, d’aura ou de corps subtils, nous sommes parfois tentés de croire que nous découvrons quelque chose de totalement nouveau.

Ce n’est pas le cas. Ce qui est nouveau, c’est notre manière de poser ces questions.

Les anciens disposaient d’autres mots et d’autres modèles.

Ils parlaient de souffle, d’âme, de lumière, de force vitale, de double, de monde invisible ou de renaissance.

Nous parlons aujourd’hui de conscience, d’états modifiés, d’expériences de mort imminente, de perceptions inhabituelles ou de biofield.

Les concepts ne sont pas identiques.

Mais la question de fond reste : Existe-t-il une dimension de l’être que le corps physique ne suffit pas à expliquer ?

Conclusion — Du dernier souffle à l’inconnu

Depuis les premières sépultures jusqu’aux recherches contemporaines sur la conscience, l’être humain n’a jamais cessé de s’interroger sur la mort.

Les civilisations ont imaginé des chemins différents.

L’Égypte ancienne a décrit plusieurs composantes de l’être et un parcours complexe dans l’au-delà.

La Grèce a parlé de la psychè quittant le corps.

Les traditions indiennes ont développé des conceptions de l’âme, du karma, de la renaissance et de différents niveaux de l’être.

Le bouddhisme a proposé une continuité sans âme permanente et, dans le bouddhisme tibétain, la notion de bardo.

Le judaïsme a développé différentes conceptions de l’âme, du monde à venir et de la résurrection.

Le christianisme a placé au cœur de sa foi la résurrection et la transformation de l’être.

L’islam a développé la notion du Barzakh et l’attente de la résurrection et du jugement.

Les rites diffèrent.

Les mots diffèrent.

Les croyances diffèrent.

Lorsque le corps s’arrête, qu’est-ce qui pourrait continuer :

Nous ne pouvons pas aujourd’hui répondre scientifiquement à toutes ces questions.

Mais nous pouvons constater que l’humanité les pose depuis des millénaires.

C’est peut-être ce qui rend la question de la mort si particulière.

Elle ne nous confronte pas seulement à la fin de la vie. Elle nous confronte à la définition même de l’être humain.

Et c’est précisément à partir de cette question que nous pouvons maintenant nous intéresser à une autre notion, souvent associée à ce qui dépasse le corps physique : l’aura.

Mais que devient-elle lorsque le corps meurt ?

Et si certaines traditions parlent d’une dimension invisible de l’être, peut-on réellement parler de « corps subtils » ?

C’est ce que nous allons examiner à la suite dans le dossier AURA Chapitre 10.