Jonathan le Goéland

Il n’était pas un oiseau ordinaire

Nous sommes tous réunis pour la cérémonie de Grégory, à la chapelle Saint-Germain de Talloires, en ce 30 septembre 2023.

Ses amis, ses collègues, sa famille… chacun a écrit un texte en son hommage.

Blandine, sa cousine, et l’ensemble de ses cousins ont choisi de lire un texte qui, selon eux, lui correspondait particulièrement : l’histoire de Jonathan Livingston le Goéland, de Richard Bach.

« Il n’était pas un oiseau ordinaire. »

Les extraits choisis racontent une vie qui cherche à transcender l’espace et le temps, une vie tournée vers la découverte de ses propres possibilités.

Jonathan veut voler plus haut et plus loin que les autres.

Il expérimente sans cesse, durant des journées entières, sous le regard de ses parents.

Il découvre aussi une autre conception de l’amitié, une amitié qui semble vouloir transcender l’espace et le temps, pour ne laisser place qu’à l’instant présent et à l’idée qu’elle puisse être éternelle.

Puis vient cette phrase :

« Regarde avec ton esprit et découvre ce dont tu as déjà la conviction : alors, tu trouveras la voie de l’envol. »

Jonathan ressent alors qu’il n’est pas seulement fait de plumes et d’os, mais qu’il est espace et liberté, que rien au monde ne peut plus limiter.

Alors Greg, comme Jonathan, nous devons garder de toi le souvenir et l’exemple d’un homme qui savait savourer la vie dans tous ses possibles.

Trois mois plus tard

Trois mois exactement après la cérémonie, nous, la famille proche de Greg, devons débarrasser son appartement, resté fermé depuis son départ.

Nous préparons les cartons et commençons à ranger les livres de sa bibliothèque.

Les ouvrages sont très différents les uns des autres : livres d’économie, d’aéronautique, de politique, de religions…

Et puis, parmi eux, quelque chose attire notre regard.

Un livre est posé au-dessus de tous les autres.

Il est légèrement en débord de la pile, comme s’il avait été déposé là volontairement.

C’est Jonathan Livingston le Goéland.

Le même livre dont les cousins de Greg avaient choisi des extraits pour la cérémonie.

Le premier livre qui se présente à nous avant tous les autres.

Nous nous regardons.

Comment ce livre a-t-il pu se retrouver précisément à cet endroit ?

Pourquoi Greg aurait-il posé ce livre là, à ce moment précis de sa vie, parmi tous les autres ouvrages de sa bibliothèque ?

Est-ce une forte coïncidence ?

Est-ce simplement le fruit du hasard ?

Ou bien est-ce le genre de synchronicité à laquelle nous pouvons donner le sens que nous souhaitons ? Je ne sais pas.

Mais il m’est impossible, à cet instant, de ne pas faire le rapprochement entre Greg, ses cousins et le texte choisi quelques mois auparavant pour lui rendre hommage.

Ce livre était là.

Juste là.

Comme une étonnante continuité entre ce qui avait été dit pour lui le jour de la cérémonie et ce que nous découvrions trois mois plus tard dans son appartement.

Alors, quelle qu’en soit l’explication, je veux simplement retenir ce moment.

Un moment troublant, émouvant, presque irréel.

Mille mercis, Greg, pour ce moment palpitant, comme un cri de ta présence sous une autre forme.

Tu avais peut-être simplement laissé ce livre-là.

Ou peut-être pas.

Nous ne le saurons jamais.

Mais ce jour-là, nous avons choisi de recevoir ce moment comme un cadeau.

Greg a remercié ses cousins et ses cousines… à sa façon.